Becoming Jane de Julian Jarrold, qui est devenu simplement Jane à sa sortie en France le 17 octobre dernier...les producteurs ou distributeurs avaient-ils peur que les Français aient des problèmes de compréhension avec le "becoming"?

Quoi qu'il en soit, étant donné le peu de copies disponibles en salles française, j'ai pu l'attraper au vol à Bruxelles. D'ailleurs pour les personnes ayant l'occasion de s'y rendre, le Kinepolis est vraiment un extraordinaire complexe cinématographique: 27 salles gigantesques ressemblant à de grands auditoriums, un son dolby parfait (ni trop violent, ni trop bas), un écran méga-supra-panomarique. Sans parlers des halls, passerelles...tout cela d'une dimension incroyable pour la petite française que je suis. Et le must? Les films sont en VO avec ST Fr ou/et Néerlandais quand l'accent devient assez conflictuel à comprendre (non Heath, ne te sens pas visé comme ça!!). Joli exemple d'interculturalité qui se mêle à notre société de consommation; comme quoi les deux ne sont pas forcément incompatibles.
Revenons tout de même au sujet de cet article: Becoming Jane.
Léger rappel casting: dans le rôle de Jane nous retrouvons la cutie Anne Hathaway et dans celui de Lefroy, une de mes révélations de cette année (je parlerai des autres plus tard), James McAvoy. Alors le petit James n'est, certes, pas forcément en accord avec les canons de la beauté Hollywoodienne (bien qu'on ne tourne jamais le dos à un Brad Pitt...^^) mais...sa fougue, cette démarche nerveuse et dynamique, son sourire à faire tomber tout être volant ou féminin (n'allez pas chercher de rapport entre les deux), son insolence... Il était tout d'abord un peu surprenant de réaliser qu'il allait incarner celui qui ferait chavirer le coeur de la belle et farouche Jane, mais il faut reconnaître que le garçon a de bons arguments. A-t-on déjà vu des yeux bleus si clair qu'ils en deviennent presque transparents. De quoi troubler même la reine Elizabeth!! Et la cerise sur le gâteau, et il vaut mieux pour lui, direz-vous, c'est qu'il est plutôt très bon acteur. Ce type de films fonctionnant en grande partie sur les non-dits, McAvoy joue sur les regards, son expressivité...et le messsage passe complètement.

Miss Hathaway campait, elle, une Miss Austen comme on l'imaginait, à la hauteur de l'Elizabeth de Keira (dans Pride and Prejudice pour ceux qui auraient honteusement oublié). Jane, Lizzy: même type de vie (Georgian Era oblige), même combat. Papa et Maman veulent les marier à un bon parti (pas le choix, il faut bien joindre les deux bouts) mais elles s'y refusent car, elles, ce qu'elles veulent, c'est l'amouuuuur (et avec un grand A s'il vous plait)! Toute jeune fille respectable doit tout de même se plier à certains devoirs de bienséance et Jane s'exécute. Mais, là où cela devient intéressant (tout comme Lizzy à nouveau), c'est que celle-ci tente de préserver son individualité, son romantisme, sa personnalité, son romanesque et de les garder en vie dans une société qui fait tout pour les anéantir. Qu'il faisait bon d'être une femme à cette époque. Alors Jane écrit, Jane aime écrire, Jane aime l'idée d'être amoureuse à travers ses écrits. Jane veut ne dépendre que d'elle même tout en étant attachée à un homme qu'elle aurait besoin d'aimer plus que tout. "It will not do. My feelings won't be repressed". Et puis la lutte est encore plus féroce lorsque vous ne cessez d'entendre votre mère vous répéter que si vous ne vous mariez pas avec le nigaud fortuné Wisley, vous finirez votre vie à gaver les cochons (en bref ne pas suivre l'exemple de sa mère). Trop moderne pour son époque? Pas si sûr. Certainement pleine de paradoxes, à la recherche d'une identité dans cette société où la femme en est dépourvue (il n'y a qu'à observer sa soeur Cassandra pour s'en rendre compte). "You rely on your uncle. I rely on you". Jane veut écrire, Jane veut aimer et l'amour, elle le comprendra vite (enfin non pas si vite que ça finalement) c'est Tom Lefroy.

Et lui dans tout ça? Tom Lefroy, le British gentleman prétencieux et imbu de sa petite personne?Il est clairement son Mr Darcy, celui qui par son insolence et sa spontanéité la fera chavirer, celui qui l'aidera à comprendre sa valeur en tant qu'écrivain, celui qui malgré les obstacles insurmontables à leur relation, lui donnera des ailes ou plutôt fera s'envoler sa plume. Pas forcément de happy ending digne de films romantiques nunuches ou de romans de Jane la bien nommée. Une fin beaucoup plus fidèle à la réalité de l'époque, le film ne se basant pas sur une fiction Austenienne comme vous l'aurez compris. Par moment on pourrait pourtant le croire, se laissant emporter par le torrent romanesque de la vie de la jeune femme de 20ans, découvrant la vie, l'amour et la passion pour l'écriture.

Ce qu'elle ne pouvait pas vivre, elle l'imaginait et le couchait sur le papier. C'est peut être ce qui fait tout le charme de ses romans: cette intimité, cette pudeur des sentiments que l'on pourrait retrouver dans un journal.
Malgré un style très académique et plutôt classique, Becoming Jane est un film d'une grâce folle avec une Anne Hathaway fraiche et lumineuse et un James McAvoy difficile à oublier.




...On ne se rend pas compte à quel point une robe haute couture peut être dangereuse !!












